18 septembre 2008
XV/ Extraordinaire
On avait annoncé le Conseil pour ce soir ; afin que personne ne le manquât, des feuilles de papier avaient été placardées à chaque maison, à chaque clôture. Les villageois étaient excités à la lecture du mot « Extraordinaire », annonciateur de mille secrets et plus de merveilles encore.
Les Unes s’affairaient à trouver leur plus belle robe, les autres se rasaient la barbe avec soin. On n’avait pas l’habitude de l’imprévu : il fallait l’affronter. Pior devait sûrement y être pour quelque chose, et on avait envie de savoir en quoi. La Salle du Conseil —qui était en fait une maison comme les autres— avait ouvert ses fenêtres, prenant son souffle avant une soirée agitée. Deux grosses bougies, blanches comme le lait, encadraient la porte d’entrée et attendaient, colonnes impassibles ; la séance ne s’ouvrirait qu’à leur premier éclat.
Bagil agençait les lieux, amenait tabourets, chaises, bancs, passait le balai, soucieux de rendre la pièce digne de l’événement qui se préparait. Pior s’habillait dans la douleur, raide et malhabile, aidé par une Lia inquiète. Xael battait le fer à chaque minute avec plus de ferveur. Il n’avait pas mangé de la journée. Nao se regardait dans le petit miroir de sa mère ; ainsi donc tout commençait.
Mahiya le savait déjà, cela va sans dire.
Sasha nouait son ruban noir, le plus fin, au col de sa chemise. Il voulait être beau.
Le Soleil filait en douce, bien content de ne pas assister à tout ça ; la Lune, après tout, avait choisi de vivre la nuit. C’est à elle que revenait le poids des drames joués à sa lueur.
Qui ne comprend pas,
comprendra :
le temps n’a d’importance
que si tu lui en donnes.
Change.
Tu en as le pouvoir.
